<img width="1" height="1" alt="" src="http://logc407.xiti.com/hit.xiti?s=566067&s2=&p=&di=&an=&ac=" >

 Découvrez ce qu'on peut faire avec le chanvre au Mayet-de-Montagne

Belphé Mode dans l’Allier, Les informations pratiques de votre créatrice de mode

Culture & récolte

Le chanvre était cultivé sur l’ensemble du massif. Il était planté dans un terrain  dénommé « Chanvrière », proche de l’habitation.

Les habitants consacraient au chanvre leurs meilleures terres. La surface d’un champ variait de 1000 à 3000 m.

Après avoir préparé le terrain (épandage de fumier, labour…), la graine au chènevis était jetée à la main et / ou semée avec un semoir tiré par un cheval. Cette étape terminée, il n’était pas rare de voir un enfant garder le champ pour chasser les oiseaux qui venaient picorer les grains.

Le chanvre était semé de façon serrée afin d’éviter les ramifications et d’empêcher les tiges de trop grossir. En fonction de son utilisation future, on pouvait ainsi jouer sur sa qualité. Un semi-serré permettait d’obtenir des tiges fines, donc une qualité de chanvre plus apte pour le tissage. Un semi plus aéré permettait le développement de tiges plus épaisses destinées à la réalisation de cordages.

Une fois la graine levée, la parcelle ne demandait plus trop d’attention jusqu’à la récolte.

Tout le monde participait à la récolte, même les enfants. Les plants étaient coupés à la serpette puis liés en battes.

Celle-ci s’effectuait en deux temps :

En août, pour les pieds mâles. Ils étaient arrachés lorsque « la cime était jaunie et le pied blanchi ».

Si la récolte était trop précoce, on obtenait une fibre rêche, épaisse et foncée, plus difficile à extraire.

Septembre / octobre se trouve être la période de maturité de graines pour les pieds femelles.

Alors se pratiquait « l’égrenage » pour récupérer le chènevis. Puis les tiges subissaient le même traitement que celles des pieds mâles.

Ce chènevis avait 3 utilisations, en tant que :

  • Semence : une partie des graines était conservée pour être réutilisée l’année suivante.
  • Huiles : les graines étaient pressées à froid pour donner une huile dite de « chenebou » qui servait à l’éclairage.

Le moulin de Gribory était un ancien pressoir  à huile de chanvre.

  • Alimentation pour volaille : ces graines, très riches en matières grasses, étaient très appréciées par la volaille et servaient donc de nourriture.

Rouissage

Ensuite les bottes de chanvre étaient mises à rouir, c’est-à-dire qu’elles étaient immergées dans l’eau. « Le rouissage » est une méthode de macération qui permet de provoquer et faciliter la séparation de l’écorce filamenteuse (filasse) de la tige (chènevotte)

Dans la région, cette étape durait généralement une dizaine de jours.

La température de l’eau jouait sur la vitesse de rouissage. Celle-ci était suffisante lorsque les fibres se séparaient facilement les unes des autres sur toute la longueur de la tige et que les feuilles étaient bien pourries. Il était important que la fermentation soit arrêtée à ce moment car si elle durait plus longtemps, la filasse prenait une teinte brune et perdait sa force de résistance. Comme il était difficile de déterminer le moment exact de fin de rouissage, et comme, d’autre part, une fermentation trop prolongée enlevait aux fibres une grande partie de leur valeur, on n’attendait jamais que la plante soit complètement rouie pour la sortir de l’eau.

Le rouissage du chanvre dans le cours d’eau provoquait une forte pollution. Il provoquait de multiples nuisances environnementales,  diverses formes de pollutions toxiques pour les poissons, les riverains et le développement d’odeurs nauséabondes, entraînant la disparition de l’oxygène.

Le rouissage sera un problème récurrent tout au long de l’histoire de la culture du chanvre.

C’est la législation du XVIIIe siècle qui va préciser la question de la pollution par le rouissage : l’interdiction de faire rouir le lin et le chanvre dans les cours d’eau est réitérée par les arrêtés du Conseil des 27 juin 1702 décembre 1719, 11 septembre 1725, 26 février 1732, 1756.

Cela s’effectuait dans :

  •  « Le routoir », creux d’eau aux faces en pierre. Pratiquement chaque ferme possédait son routoir, mais la plupart ont été comblés avec le temps. On peut encore en voir un sur Arronnes.
  • Les réserves d’eau qui servaient aux nombreux moulins hydrauliques du massif ont besoin de pisciculture.
  •  La rivière, mais il y avait le risque qu’une forte montée des eaux emporte le chanvre.

Teillage

La tige était taillée afin de détacher et d'extraire les fibres textiles des tiges. Cela produisait beaucoup de poussière. Il y avait trois types d’extraction de la fibre dite "filasse" :

  • À la main : durant les longues veillées de novembre à décembre, après avoir brisé les tiges, il fallait prendre le brin de chanvre à son extrémité la plus grosse et dégager la rognure de sa filasse de manière à ‘’déchausser’’ la tige. Le geste était répété jusqu’à accumulation d’une poignée de filasse qui était nouée pour donner une queue de chanvre.
  • À la broie à chanvre : Les tiges de chanvre étaient placées en poignées entre les mâchoires d’une broie, elles étaient cassées, écrasées sous la pression du manche. Puis en l’agitant la chènevotte tombait, il ne restait ainsi dans la main du ‘’teilleur ‘’ que la partie textile, la fiasse. Les traies familiales étaient souvent bien travaillées, malheureusement rapidement tombées dans l’oubli, la plupart vont finir comme bois de chauffage au début du XXème.
  • Dans une ‘’métairie ‘’ : ‘’un batau’’ ou encore un moulin à foulon, c’est-à-dire un moulin hydraulique qui trayait le chanvre avec un système de marteaux, de pitons. On pourrait aussi amener, à la métairie, son chanvre taillé à la main ou à la braie pour le rendre plus ‘’tendre’’.
Ces métairies servaient aussi à broyer l’écorce de chêne pour faire le ton utilisé pour tanner les cuirs.

Peignage

C’était le travail des peigneurs à chanvre, qui s’accomplissait le plus souvent dans la grange. Les débris du peignage, les « étoupes », parties les plus grossières de la filasse restée accrochées au peigne, étaient utilisées pour la confection d’attaches grossières ou de cordages.

Les peigneurs de chanvre pouvaient peigner et déramer de 15 à 20 kg par jour. Cette étape permettait d’obtenir 3 types de brins (du plus grossier au plus fin).

Les peigneurs au « pignoux » utilisaient un jeu de peignes qui démêlaient, dégrossissaient et divisaient la matière en libres très minces. Ces peignes portaient des dents d’acier très souples et très effilées, de 8 à 10 cm de long, fixées à un coussinet en bois, armaturé d’acier ou de cuir.

C’était un métier qui demandait une adresse toute spéciale. Après s’être saisi de l’écorce de chanvre, le peigneur l’assouplissait en la frottant d’un mouvement souple et continu, la plaçait d’un coup sec dans les dents du peigne puis en tirant la soulevait légèrement. Il la faisait passer dans les dents sur toute sa longueur, d’abord dans le grand peigne où la fibre était divisée en brins menus, débarrassée des déchets les plus grossiers. La plus belle fibre, repassée dans le petit peigne, devenait souple et luisante et étaient soigneusement pliée en paquets.

On reconnaissait l’habileté d’un peigneur à la finesse et au brillant ainsi qu’à l’art de la nouer en paquets élégants.

Les pignoux exerçaient à la Toussaint et à Noël. Il y avait ceux du secteur géographique puis des itinérants venants de Haute-Savoie au cœur des Alpes. Ces derniers fonctionnaient par équipes de 3 : le peigneur chef d’équipe et deux aides, le compagnon au fardaou et le mari ou l’apprenti.

Filage et tissage

Les femmes filaient la filasse à la main, avec un ‘’fuseau’’ ou ‘’une quenouille’’ lors des moments creux de la journée, par exemple en gardant les troupeaux ou lors des veillées. Elles pouvaient aussi filer avec un rouet mais cela les obligeait à s’y consacrer entièrement d’autres activités. 

M. Labouré un dernier tisserand du massif, sur Saint-Marcel-d’ Urfé, expliquait que pour avoir une meilleure qualité de fil, il fallait le tordre au fuseau puis le tripler au rouet.

Un habitant de pure nous rapporte que sa grand-mère avait fait avec le surplus de sa production, un ballot de 75m de toile par 3m 25 de large, pièce qui permettait de faire faire au tisserand 24 draps. À cette époque, en 1904, les tisserands se faisaient déjà rares dans la région. Elle apporta donc son chanvre filé à un tisserand de Boën. Une fois le ballot réalisé, il a été lavé dans un cuvier, dans le fond était disposé de la cendre qui blanchissait la toile. Et pendant deux jours, il avait été arrosé d’eau chaude. Puis il avait été déroulé dans un pré pour le faire sécher, par beau temps une journée suffisait. On le laissait la nuit pour que la rosée se dépose sur le tissu, ce qui avait aussi un pouvoir blanchissant. Après tout ce travail, ce ballot destiné à son père a été volé dans le pré, faisant sûrement le bonheur d’une demoiselle pour son futur dol.

Le chanvre était lissé comme le lin, la laine ou plus tard le coton. Suivant les qualités de chanvre obtenues au peignage et dans les étapes précédentes, les utilisations du fil étaient différentes. Le chanvre gracié servait pour la confection de taille destinées aux torchons et aux sacs, le moyen pour les draps, le linge et chemises ordinaires, et à la fin pour les chemises et le linge plus soigné.

Le fil rassemblé par repliement donnait des paquets appelés écheveaux. Ils étaient destinés à la fabrication de la toile nécessaire aux besoins des familles, le surplus était vendu au poids sur les foires et représentait ainsi une source de revenu complémentaires.

Jusqu’en 1870, il y avait des foires au fil, les meilleures fileuses apportaient à la foire de saint-clément les fils en écheveaux. Des marchands, venant de Cusset, Lapalisse, saint-Just-en-chevalet, achetaient le fil et le transportaient à dos de mulet.  À Saint-Romain-d’ Urfé, chaque samedi, se tenait un marché important de fil et de taille de chanvre qui fût supplanté par celui de Noirétable après la révolution.

 De nos jours

Le chanvre et ses métiers ont disparu brutalement en 1940, après un début de régression en 1850, avec l’arrivée de fibres plus pratiques d’utilisation et demandant moins de préparation. Seuls quelques vestiges de ce savoir-faire demeurent encore aujourd’hui (moulin à chanvre, bâchasses…).

Le matériel, essentiellement fait en bois, a pour la plupart été brûlé.

Les vêtements, quant à eux, restent en mémoire remisé dans les greniers ou les placards, pour combien de temps encore ? Beaucoup sont déjà passés dans les mains de brocanteurs.

 Aujourd’hui, pour des raisons écologiques, le chanvre revient fortement dans notre quotidien, notamment pour l’isolation.

En culture, toutes les variétés utilisées sont certifiées ‘’non drogue’’, dépourvues de propriétés stupéfiantes et soumises à réglementation. La manière de les récolter et de les transformer à bien évoluée, même si cela reste encore assez difficile.

C’est une plante qui, après semis, ne demande aucune intervention jusqu’à la récolte, De plus, elle a comme avantage de recouvrir rapidement le sol, donc d’avoir un effet désherbant.

Depuis 2007, le Syndical des Monts de la Madeleine a entamé une réflexion sur le développement d’une filière agro-industrielle chanvre sur le massif. Agriculteurs, transformateurs et artisans travaillent ensemble sur un projet de filière afin qu’il corresponde à l’identité des Monts de la Madeleine et réponde au marché.

Les enjeux économiques sont différents aujourd’hui, les nombreux débouchés de cette matière offre des marchés de transformation très variés. Les produits alimentaires, (comme l’huile, la bière ou les pâtes), la cosmétique (avec des crèmes et des savons à base de chanvre), les matières isolantes pour l’habitation ou phonique pour l’automobile, et les fibres textiles de la confection, bien entendu…